RÉPONSE DE MARIO SANDOVAL A L’ARTICLE PUBLIE PAR LE JOURNAL "LE MONDE" DU 15 SEPTEMBRE 2022.

 Le journal "LE MONDE" ayant refusé de donner suite à la demande de droit de réponse de Mario Sandoval, nous publions ici en intégralité le texte qu'il leur a adressé.



RÉPONSE DE MONSIEUR MARIO SANDOVAL A L’ARTICLE DE MADAME MONTOYA PUBLIE PAR LE MONDE DU 15 SEPTEMBRE 2022 EN PAGES 24 ET 25 DE SON EDITION PAPIER ET SUR SON SITE INTERNET.


« En lisant les articles de Madame Montoya, publiés, l’un dans l’édition papier du Monde du 15 septembre 2022, en pages 24 et 25, l’autre sur interneti, j'ai été stupéfait par le parti pris de leur auteur.

Madame Montoya présente son texte comme le fruit d'une « enquête » sur le drame vécu par les proches de Hernan Abriata disparu durant la dictature militaire. Elle m’y présente comme responsable de cette disparition.

Pourtant, le procès en Argentine vient seulement de s'ouvrir. Mais Madame Montoya a déjà une idée bien précise du verdict qui devrait être rendu à mon endroit : « coupable ».

Ce faisant, elle s'ingère en réalité dans une affaire judiciaire argentine dont le résultat est loin d'être aussi évident qu'elle l'affirme.

Je m’étonne puissamment qu’elle ait passé sous silence les éléments qui me disculpent et qui pourtant sont discutés dans le cadre de ce procès.

Qu’il me soit donc donné ici l’opportunité de mentionner quelques éléments que cette « enquête » passe sous silence ou présente de façon biaisée :

1- De nombreuses enquêtes ont été menées entre 1976, date de la disparition du jeune Abriata et l'article de « Pagina 12 » de 2008 qui m'accuse d'en être responsable ; bien qu’un « Sandoval » y soit mentionné, je n’ai jamais été impliqué dans aucune de ces enquêtes.Bien de ces enquêtes.

2- Les témoignages décrivent l'homme qui aurait arrêté le jeune Abriata comme mesurant 1m76 ou 77, costaud, âgé de plus de 35 ans, les cheveux coiffés en arrière brun foncés, portant des moustaches, etc. Cette description n'a rien à voir avec ma physionomie de l’époque ou celle actuelle.

3- Des témoins qui ont été détenus au même endroit que le disparu expliquent que leurs geôliers utilisaient des noms d'emprunt. Si j’étais celui qu’elle prétend, pourquoi n'aurais-je pas fait de même ?

4- Si le seul argument contre moi est mon nom, Sandoval, je m'étonne que Madame Montoya ait omis de mentionner que d'autres Sandoval sont mentionnés dans le dossier : l’inspecteur « Diego Sandoval », un Sandoval allias « Doc », etc.

5- D'autres témoins, lors de la toute dernière enquête, ont nié m’avoir vu dans le centre de détention où se trouvait M. Abriata.

6- Quatorze personnes ont déjà été jugées pour cette disparition en 2017 ; mon procès n’est dont pas « un procès pour l’histoire » contrairement à ce qui a été titré avec grandiloquence. nié m'avoir vu dans le centre

En ayant recours à des phrases-chocs, et en posant des questions orientées, pleines de sous-entendus, l’auteur cherche à faire coïncider chaque élément recueilli par lui à son raisonnement, dont la finalité n’est autre que de me présenter comme l’auteur des faits, au lieu de rapporter des informations de façon objective. Et ce alors qu’aucun élément des enquêtes qui ont été réalisées depuis 1976 jusqu’à ce jour ne permettent d’accréditer sa thèse.

L’auteur de l’article interprète, déduit, juge avec un parti-pris évident, en choisissant d’établir un lien de responsabilité avec ma personne, que rien dans le dossier ne justifie.

Il serait trop long de passer en revue chaque affirmation erronée, tant l’article en regorge, mais citons néanmoins quelques exemples à titre d’illustration :


« De son côté, Mario Sandoval a bien été convoqué par un juge d’instruction, le 17 novembre 1976, à la suite de la plainte déposée par le père du disparu, mais il a nié avoir participé à une quelconque opération le 30 octobre rue Supéri, et cette réponse a suffi pour que l’affaire soit classée »

Cette affirmation laisse à penser qu’une simple dénégation de ma part aurait permis de faire classer l’affaire et que l'enquête menée par les autorités argentines n'aurait pas été sérieuse. Or, il n’en a rien été. Les témoins de la famille ont été entendus à l’époque et leurs déclarations ont confirmé que la personne qui était venue chez eux n’avait rien à voir avec moi, ce qui a abouti à un non lieu partiel, m’écartant de l’affaire.

A un autre endroit de l'article, Madame Montoya écrit :

« convoqué le 8 août 1985 par la justice militaire (..), Sandoval ne répond pas »

A cette date, je m'étais rendu à l'étranger sur autorisation des autorités argentines. Je me suis donc rendu à la convocation de la justice militaire argentine, à mon retour, le 17 avril 1986.

Ces deux exemples sont emblématiques. Ils ne sont en rien isolés et leur nombre alimente la trame de la thèse soutenue par Madame Montoya.

Je passe sur les faux questionnements que la journaliste soulève et qui ne trompent personne quant à ma culpabilité présumée :

« Faut-il croire l’accusé quand il se dit victime d’homonymie ? Quel rôle a t-il joué dans cette période au cours de laquelle 30.000 personnes ont disparues (...) ?»

« Peut-être se croit-il alors définitivement épargné par la justice argentine grâce à la promulgation, en 1986 et en 1987, de deux lois d’amnistie ayant mis fin aux poursuites contre des centaines de miliaires, de policiers et de civils accusés d’exaction »

En fondant ainsi son « analyse » sur la base d’éléments partiaux et partiels qu’elle extrapole dans le seul but de nourrir son parti-pris, elle crée le soupçon et l’illusion de ma culpabilité. Ce procédé ne devrait pas être utilisé dans un article objectif et équilibré attendu du journal Le Monde.

Si on la suivait, il faudrait sommer la quasi-totalité de la société argentine de justifier de son comportement durant la dictature militaire.

En épousant, sans nuances, la thèse de mes accusateurs qui instrumentalisent le passé et l’histoire douloureuse de l'Argentine, en faisant le choix d’évoquer non pas un certain « Sandoval » comme indiqué dans le dossier mais « Mario Sandoval », en prétendant que j’aurais fui l’argentine et n’aurais pas répondu à des sollicitations de la justice, en ne mentionnant aucun des éléments du dossier qui me disculpent, Madame Montoya a manqué d’analyse critique.

La Charte d’éthique professionnelle des journalistes rappelle que le journaliste doit tenir l’exactitude et l’impartialité pour les piliers de sa profession et pour de graves dérives, la déformation des faits et la manipulation.

Le principe de la présomption d'innocence a pour objet de protéger les individus qui, comme moi, sont jugés et que les médias présentent comme coupables pour vendre leurs articles alors qu'ils n'ont pas été condamnés par la justice.

Le journal Le Monde doit respecter ce principe cardinal du droit international des droits de l’homme. On ne peut pas déplorer la violation du droit en le violant soi-même. 

 

Mario Sandoval,

Le 5 novembre 2022.


Commentaires

Articles les plus consultés