L’ensauvagement de l’Argentine - Ou comment la politique d’Etat « mémoire, vérité, justice » a instauré une nouvelle forme de barbarie.

 Depuis l’instauration en 2003 d’une politique d’Etat dite des Droits de l’Homme par le 1er gouvernement de l’ère Kirchneriste (qui continue jusqu’à aujourd’hui à diriger le pays), l’Argentine s’est progressivement enfoncée dans une forme de barbarie et d’arbitraire dont on mesure aujourd’hui pleinement les résultats. On connait la phrase célèbre que Juan Perron prononça en 1973 « al amigo todo, al enemigo ni justicia », mais beaucoup moins les effets délétères qu’elle produit aujourd’hui encore chez ses adeptes péronistes, sous couvert d'un programme intitulé « justice, vérité, justice ».

En relisant l’ouvrage de Thérèse DELPECH, l’ensauvagement – le retour de la barbarie au XXIè siècle, on comprend mieux le cheminement et l’impact désastreux de cette politique qui a conduit à une telle situation.

 


 

Dans son chapitre IV, la corruption des principes, Thérèse Delpech rappelle les grands principes décrits dans l’Esprit des Lois. Pour MONTESQUIEU, « La corruption de chaque gouvernement commence presque toujours par celle des principes » (E.L., VIII,1), et que « la corruption des principes doit être relayée par les élites pour trouver une forme de légitimité ». Pour cela rien de tel que le mensonge historique, qui fut l’un des grands piliers du machiavélisme de masse au siècle dernier ajoute l’auteure. Georges ORWELL, l’un des rares esprits à avoir compris l’essence du totalitarisme, y a vu une des formes les plus effroyables de la violence : « Si le chef déclare que tel ou tel événement ne s’est pas produit – eh bien, il ne s’est pas produit. S’il dit que deux plus deux font cinq – eh bien, deux plus deux font cinq. Cette perspective m’effraie plus que les bombes ». 

Thérèse Delpech ajoute que l’idée que le mensonge est une des pires formes de la destruction de l’humanité n’est pas courante, mais que la raison en est simple : le nombre de collaborateurs est trop grand et tout le monde a quelque chose à se reprocher. A cela, ajoutons la diminution de la culture générale et historique qui permet d’accentuer la confusion des idées de la masse. C’est sur le mensonge qu’a prospéré si longtemps l’idéologie communiste en URSS et ailleurs, alors qu’elle a fait des millions de mort. Une grande part de l’intelligentsia de gauche vivant dans le « monde libre » refusait de voir, malgré les informations qu’ils avaient, la barbarie communiste ; au grand dam de Soljenitsyne et d’autres dissidents qui ont pu se libérer de ce joug et ont été effrayé de ce qu’ils ont découvert.

Les idéologues des anciens groupes armés révolutionnaires argentins font eux partie de l’élite cultivée qui connait les grands auteurs et manipulent très bien les idées. Les mensonges aussi. C’est sur la base du mensonge historique des 30.000 disparus durant le régime militaire qu’ils ont bâtis les fondements de leur politique d’Etat. Opérant au passage une mue visant à transformer les anciens terroristes en « jeunes idéalistes » désireux de changer la société. Malgré tous les documents historiques de l’époque, et les nombreux ouvrages qui ont été publiés à ce sujet, le mensonge a perduré, et s'est mué, sous couvert de « droit à la vérité », en politique officielle. Sur la base de ce mensonge, les Kircher et leurs alliés anciens monteneros ont mis en place un « programme national de lutte contre l’impunité[1] » qui a servi de base à toutes les actions arbitraires destinées à mettre à bas leurs anciens ennemis, c’est à dire les anciennes forces de sécurité, militaires, judiciaires, ecclésiastiques, économiques, civiles, qui n’avaient pas rejoint leurs rangs.

Cette lutte contre l’impunité (pour quelques-uns) est devenue politique d’Etat, et c’est sur la base de ce mensonge que l’on a jugé des hommes et des femmes arbitrairement, en instituant :

-          une politique « de reconstitution de la mémoire » destinée à préparer les témoins choisis pour intervenir dans les procès[2], malgré le risque évident de les manipuler[3] ;

-           une politique de « lutte contre la gérontologie[4] » afin d’empêcher les accusés de bénéficier de lois accordant des bénéfices dus à leur âges ;

-          et enfin  une politique de « lutte contre la biologie[5] » afin d’empêcher d’accorder des solutions alternatives à l’enfermement du fait de l’épidémie du Covid.

Comme Thérèse Delpech le décrit dans son ouvrage, le nombre de collaborateurs à avoir adhéré à ce mensonge est trop grand, et chacun d’entre eux a des choses à se reprocher, l’invitant ainsi à garder le silence et à se faire complice du mensonge. En Argentine, ceux qui malgré tout ont résisté à l’arbitraire ont été ou victimes de « escraches » violents[6], ou salis afin de les écarter, les délégitimer, et faire taire toute voix dissidente[7].

Toutes ces politiques publiques ont été instaurées par le Secrétariat d’Etat des droits de l’Homme argentin, qui n’a en quinze ans pas eu un mot ou une parole à l’égard des victimes du terrorisme. Ces victimes là demeurent à ce jour reléguées dans les poubelles de l’histoire argentine, et n’ont aucune reconnaissance de l’Etat (voir à ce sujet les publications réalisées par le centre d’études sur le terrorisme et ses victimes).[8] Rien d’étonnant à cela puisque ces politiques ont été mises en place par les anciens terroristes cooptés par le pouvoir Kirchneriste.

Dernier avatar en date destiné à empêcher toute remise en cause de ce mensonge historique, le Secrétariat d’Etat a récemment mis en ligne de nouvelles « recommandations pour un traitement médiatique responsable sur la dictature civico-militaire et le processus de mémoire, justice et vérité[9] ». La boucle est bouclée.  Il ne manque plus qu’à faire voter le projet de loi pénalisant quiconque oserait remettre en question le « Mensonge historique », que le gouvernement Fernandez a déjà annoncé.

Aujourd’hui, plus de 2000 hommes et femmes sont injustement et illégalement maintenus en détention. Plus de 643 d’entre eux sont décédés à ce jour en détention, victimes des dérives d’une politique arbitraire dénommée « mémoire, vérité, justice ».  Ou quand la « banalisation du mal », dénoncée par Hannah Arendt se commet au nom des Droits de l’Homme.

Mario Sandoval

Casppa France, le 1er mai 2021.



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